L'artiste Charly d'Almeida présente une nouvelle exposition depuis le 14 novembre 2025, intitulée Champs du Sensible. Le jeudi 5 février 2026, l'artiste et Steven Coffi Adjaï, curateur de l'exposition, ont animé une conférence de presse à la “Gallery Charly”, à Cotonou. Les deux intervenants ont présenté aux journalistes le contenu de l’exposition, révélant une philosophie des sensibilités que l’artiste exprime à travers ses œuvres.

La sensibilité humaine peut se manifester et se comprendre à travers trois dimensions complémentaires : le visage, l’objet et le corps. Telle est la philosophie qu’exprime l’artiste peintre et sculpteur Charly d'Almeida dans Champs du Sensible, exposition en cours depuis le 14 novembre 2025, et qui a fait l’objet d’une conférence de presse le jeudi 5 février 2026, dans sa galerie située dans le quartier de Zongo à Cotonou. Selon Steven Coffi Adjaï, co-conférencier et curateur de l'exposition, deux séries présentent le visage comme un champ de tension, entendue ici comme transformation. Qu’est-ce qui pousse le visage humain à se transformer et à se révéler au quotidien ? Qu’est-ce qui fait de nos visages des marqueurs d’identité singuliers ? Dans ses sculptures Conversations (2023-2024), l’artiste souligne la diversité humaine et considère cette différence comme une force. Les visages deviennent des identités plurielles. Dans Vies Communes (2010), il raconte l’histoire d’une communauté de visages différents, chacun marqué par sa singularité. L’artiste privilégie le visage naturel plutôt que le masque, qu’il juge trompeur, car il empêche toute révélation. 

Les objets porteurs d’odeurs

Les matériaux utilisés témoignent de la continuité de sa démarche. L’artiste récupère des objets, mais pas n’importe lesquels : ceux qui “lui parlent”. Steven Coffi Adjaï appelle cela la “politique de la tension”. « Être attentif, c’est choisir une direction du sensible vers le réel et percevoir ce que l’objet projette sur nous », explique-t-il. Cette politique inclut le choix des objets et les stratégies qui transforment des objets banals en objets expressifs et sensibles. Charly d’Almeida précise : « Une pièce qui parle est celle qui, quand je la touche, m’indique quoi en faire, où la placer et quel sens lui donner. » Les odeurs jouent également un rôle central. L’artiste questionne, à travers ces objets, la mémoire : un objet ayant vécu une autre vie garde t-il son empreinte olfactive ? Selon lui, le créateur lui insuffle une nouvelle vie en composant différentes odeurs. Les séries Les Profondeurs (sculptures sur socle) et Traces (sculptures murales) illustrent cette exploration olfactive et matérielle, à travers des objets mécaniques récupérés, comme des freins de moto ou des roulements de voiture.

Les corps sensibles

Le troisième axe explore les corps sensibles, en mouvement. Cette dimension se traduit par des œuvres picturales où le corps apparaît déstructuré, décomposé, mais en mouvement. Le mouvement devient le lieu où la sensibilité prend corps. Les séries Improvisations, Champs du sensible (sculpture) et Cadences permettent aux visiteurs de vivre cette expérience immersive.

Une réflexion murie

Steven Coffi Adjaï explique cette démarche artistique comme un choix réfléchi de longue date. « Ce choix de visages s’explique par le fait que c’est à travers eux que l’humain se révèle », a-t-il affirmé. Il provient d’une recherche poursuivie dans l’écriture sculpturale de l’artiste. Dès 2010, Charly d’Almeida avait commencé un travail sur les visages humains avec les séries Discours, Témoins, Vies communes et Conversations. Dès 2015, il explore, à travers des formes à la fois drôles et tragiques, les discours que ces visages expriment, toujours à partir d’objets mécaniques récupérés, sa matière de prédilection. Plus récemment, il s’intéresse aux corps sensibles en mouvement dans ses peintures, expliquant la sensibilité par des corps en perpétuel mouvement.

L'exposition Champs du Sensible offre aux visiteurs un espace unique. Un cadre partagé entre odeur, mémoire et corps où la sensibilité se vit pleinement. L'exposition se poursuit jusqu’au 14 mars 2026.