Engagé dans une transformation structurelle depuis plus d’une décennie, le Port autonome d’Abidjan s’inscrit dans une logique de modernisation accélérée. L’objectif est clair : adapter ses infrastructures aux exigences du commerce maritime international et soutenir la trajectoire économique de la Côte d’Ivoire, dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel.

La stratégie du port repose sur une ambition affirmée. Abidjan veut s’imposer comme un hub maritime majeur sur la côte atlantique africaine. Cette orientation épouse les priorités du programme national de développement, qui fait des infrastructures logistiques un levier central de croissance et d’attractivité.

La pression concurrentielle impose des choix rapides. Dans la sous-région, plusieurs plateformes portuaires ont pris une longueur d’avance ou renforcé leurs capacités. Lomé a enregistré une progression spectaculaire de ses activités. Tema, au Ghana, a engagé une extension d’envergure. Dakar, Cotonou et Conakry ont aussi investi pour réduire leur retard et sécuriser leur place dans les échanges maritimes régionaux.

Dans ce contexte, l’inaction aurait fragilisé la position d’Abidjan. Le manque d’espaces disponibles et la congestion des quais menaçaient la fluidité du trafic et la compétitivité du port. Pour répondre à ces contraintes, l’autorité portuaire a opté pour un vaste programme d’aménagement, dont le remblai de la baie de Vridi-Biétry constitue une pièce maîtresse.

Prévue sur une superficie totale de 181 hectares, cette extension vise à créer de nouvelles zones logistiques et industrielles. La première phase, d’environ 45 hectares, située vers le secteur dit Zimbabwe, permet déjà d’accueillir des activités essentielles à la réduction des délais de transit et à l’amélioration de la chaîne logistique.

La portée de ce projet a cependant suscité des controverses. La direction du port évoque une campagne de dénigrement alimentée par certains acteurs se présentant comme des lanceurs d’alerte. Ces critiques ciblent notamment l’ancienne équipe dirigeante, en particulier Touré Zoumana, ex-directeur du Domaine et du Patrimoine.

Selon des sources internes, ce dernier s’est distingué par une gestion stricte du foncier portuaire et par la lutte contre les occupations illégales. Une ligne de conduite saluée par une partie de la communauté portuaire, mais qui aurait contrarié des intérêts privés, aujourd’hui à l’origine d’attaques répétées contre sa réputation.

Sur le plan réglementaire, la direction du Port autonome d’Abidjan affirme que le projet respecte pleinement le cadre légal. Le remblai de Vridi-Biétry s’appuie sur une étude d’impact environnemental et social validée par les autorités compétentes, avec l’aval du ministère en charge de l’Environnement à travers un arrêté pris en mai 2015.

Les résultats sont tangibles. En dix ans, la capacité du port a plus que doublé pour atteindre environ trois millions de conteneurs par an. Cette montée en puissance renforce la place d’Abidjan dans les échanges maritimes mondiaux et confirme son rôle stratégique dans l’économie ivoirienne.

Même après le départ à la retraite de certains responsables, la dynamique engagée se poursuit. En dépit des polémiques relayées sur les réseaux sociaux, le Port d’Abidjan continue d’avancer, avec pour cap la consolidation de sa compétitivité et le maintien de son statut de pilier économique national.