Le projet de loi de finances pour 2026 révèle la priorité accordée à la Défense en Algérie. Avec 25,4 milliards de dollars (3 305 milliards de dinars) alloués au ministère de la Défense nationale, ce poste absorbe plus de 10 % du budget de l’État, dépassant largement les dépenses combinées pour l’Éducation, la Santé et l’Emploi.

Le gouvernement justifie cette enveloppe par la nécessité de renforcer les capacités de l’Armée nationale populaire face à un contexte régional « instable » et à des risques sécuritaires aux frontières sahéliennes, en Libye et en Méditerranée. Toutefois, cette priorité militaire pèse sur l’investissement dans les secteurs sociaux et productifs et accentue la dépendance aux importations d’armements, principalement en provenance de Russie, de Chine et d’Europe.

Cette orientation a des conséquences économiques importantes. La dépendance aux hydrocarbures pour financer plus de 90 % des exportations, combinée à la fuite de capitaux vers l’achat d’équipements militaires, limite les marges de manœuvre pour la diversification économique et le développement industriel local. Le déficit public reste autour de 5 % du PIB, la dette publique progresse et les subventions sociales et projets civils sont comprimés.

Cette politique contraste avec la situation sociale : inflation alimentaire supérieure à 8 %, chômage des jeunes proche de 30 % et dégradation des services publics, notamment en santé et éducation. Les citoyens perçoivent difficilement la légitimité de cet effort militaire face à leurs besoins quotidiens.

Au-delà de la sécurité, ce budget traduit une dimension politique et symbolique. L’Algérie cherche à affirmer son statut de puissance régionale et à envoyer un message de souveraineté, notamment face au Maroc et dans le Sahel.

Le PLF 2026 illustre ainsi un paradoxe : un État riche en ressources naturelles mais confronté à des défis économiques et sociaux, consacrant l’essentiel de ses moyens à un secteur non productif. La véritable force d’une nation, rappelle l’analyse, réside dans le bien-être de ses citoyens et la confiance qu’ils placent en leur pays, et non dans le volume des dépenses militaires.


Mahussé B.A.